Modèles de données / Solutions  
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Petite morale qui résulte de ces identifiants qu'il nous faut bien inventer
La conception d'un nouveau système d'information conduit le plus souvent à une augmentation de l'information dans le système.  
  
On peut le constater par le fait que d'anciennes propriétés se voient élever au rang d'ENTITES auxquelles on attribue de manière délibérée une "existence propre". On en fait donc des objets de gestion soit des informations à part entière et de plein droit. Ceci se traduit par la création de nouveaux identifiants (de nouveaux noms, si vous préférez). 

Cette propriété selon laquelle nous sommes capables, par nos raisonnements, d'augmenter l'information est illustrée par le proverbe chinois dans le cours  : "Petite association peut devenir grosse entité". Ici, c'est le rapport Propriété-Entité (i.e. activités-centres) que l'on élève au rang de rapport Entité-Entité.  
Certains voient dans cette opération une simple astuce d'ordre linguistique qui consiste à transformer un épithète (activités de centres) en nom (ACTIVITES) et donc considèrent qu'il s'agit d'un pur changement de forme sans modification du contenu désigné. On appelle les tenants de cette thèse en Logique et en Philosophie du langage des nominalistes. Le nominalisme défend l'opinion qui veut que les concepts ne seraient que des noms et que seuls les contenus auxquels ces noms renvoient ont une existence effective. En conséquence un changement de nom sans changement de contenu ne serait pas créateur d'information supplémentaire. On soupçonne pourtant dans notre exemple que le passage de l'attribut activités à l'entité ACTIVITES est potentiellement porteur de nouveauté : nous allons pouvoir ajouter des déterminations (des propriétés nouvelles) à la notion d'activité. 

Cette question est au centre d'une discussion très ancienne sur la nature du langage. Dans le Malade Imaginaire, Molière se livre à une satire des scolastiques dans la scène suivante : le candidat au diplôme en médecine doit répondre à la question : "Pourquoi l'opium fait-il dormir les gens ?". Celui-ci répond "parce que l'opium a une vertu dormitive", une réponse qui plonge les examinateurs dans le plus grand ravissement parce qu'ils la considèrent comme très intelligente. Le public de la pièce rit évidemment parce que cette réponse tautologique parait idiote.  
Et pourtant, dans le passage de la question à sa réponse, il y a eu une transformation importante. Du fait que l'opium fait dormir (un prédicat concret), on est passé au nom abstrait de vertu dormitive. Ce dernier peut maintenant être utilisé comme levier (moyen) pour des raisonnements plus généraux sur la notion de vertu dormitive et sur ses propriétés. Donc rions de la naïveté de nos examinateurs scolastiques, mais rions aussi de ceux qui en rient. (Merci à Cathy Legg pour avoir attiré notre attention sur ce point que Peirce appelle une "abstraction hypostatique") 

Accessoirement, deux thèses courantes en Génie Logiciel sont visiblement erronées : 
  
- celle du "traitement de l'information" : "traiter" des informations supposerait que celles-ci nous sont données et qu'il ne reste qu'à leur appliquer des opérations de calcul plus ou moins sophistiquées pour obtenir des "résultats".  
Mais, déjà dit, "les données ne sont pas données", il faut les concevoir et éventuellement les créer. 

- celle, plus moderne (mais en définitive identique), selon laquelle les objets informationnels seraient déjà là "dans le monde" et attendant que nous voulions bien les cueillir. Il n'y aurait pas besoin de faire des "modèles", ce qui au passage me condamnerait au chômage 
Heureusement, il est clair que c'est un peu plus compliqué que cela, et aussi beaucoup plus intéressant.

 

Auteur : Bernard Morand  Entité-Association Date de dernière mise à jour : 1/12/1998