| L'intelligibilité de l'information |
| "Information
exists. It does not need to be perceived to exist. It does not
need to be understood to exist. It requires no intelligence to interpret
it. It does not have to have meaning to exist. It exists."
(Tom Stonier, biologiste, 1990) |
Donc, au-dessus du niveau physique (le support de la communication), il y a bien un niveau logique (une modification du système émetteur-récepteur dans l'acte de communication). Mais, malgré ce qu'en dit T. Stonier, il reste pourtant une question : Par quel(s) moyen(s) le message fait-il sens pour un récepteur ? Autrement dit : par quel(s) moyen(s) la différence se fait-elle ? (le niveau sémiotique).
1.
La thèse du contenu.
Elle
recoupe en gros le point de vue de T. Stonier. Ce qui fait sens est le
contenu du message, c'est à dire le groupe de mots (unités)
dont il est constitué. L'organisation elle-même du groupe
de mots a son importance : un verbe, un sujet (implicite dans notre exemple),
des compléments de lieu et de circonstance. Le sens résulte
de l'arrangement des unités élémentaires entre elles
au moyen de règles : une grammaire par exemple. Reste la question
de la contribution des unités élémentaires au phénomène.
D'aucuns pensent que cette question n'est pas pertinente : si seules comptent
les règles d'arrangement, les mots peuvent être des signes
(codes) purement arbitraires qui ne portent aucun sens en eux-mêmes.
Difficile à admettre cependant : nous n'aurions pas besoin de dictionnaires
(c'est pourtant une idée qui plait bien aux informaticiens).
Ensuite, les opinions divergent à nouveau. Pour certains le mot représente un "concept", une image mentale éventuellement d'origine psychologique : le mot "gare" appellerait une image de gare dans votre esprit. Pour d'autres au contraire, le mot "gare" désigne une chose concrète du monde, un endroit avec des murs, des trains, des guichets, etc.
Ces
2 points de vue, bien que diamétralement opposés, s'entendent
sur un point essentiel : le mot renvoie (réfère) à
quelque chose d'autre, qu'il soit concept ou objet. C'est ce qu'on appelle
la sémantique référentielle.
De
nombreuses objections ont été faites à ces points
de vue. Bien que cette question soit importante pour les philosophes, les
logiciens, les linguistes ou encore les psychologues, nous ne les développerons
pas ici (voir cependant une remarque déjà faite à
propos de nos liens sémantiques).
2.
La thèse du contexte.
D'une
certaine façon, elle s'oppose à la précédente
en faisant remarquer que le sens du message ne se manifeste qu'en situation.
Donc ce qui compte est le contexte dans lequel se présente l'énoncé.
C'est très exactement la démarche que nous avons adoptée
pour expliquer que "Arriverai
en gare de Caen ce soir"
n'a aucune
valeur
informative pour quelqu'un qui sait déjà cela. C'est ce qu'on
appelle la pragmatique.
Mais ce faisant, ne recule-t-on pas pour mieux sauter : de quoi est donc fait ce fameux contexte sinon de messages (mots) lui aussi ?
3.
La thèse du processus.
"Tout décodage est un nouvel encodage" (David Lodge, "Un
tout petit monde")
L'idée
ici est que le sens est quelquechose qui se construit
dans une activité
du récepteur. Loin d'être un objet passif qui "avale" un contenu,
le récepteur (lecteur) du message est un véritable acteur
(sujet) du système de production
de sens. Elle s'oppose évidemment à la première thèse
mais pas nécessairement à la seconde : on peut concevoir
que cette activité soit en tout ou partie déterminée
par la situation concrète dans laquelle se trouve le message.
On
appellera cette activité : interprétation.
Cette
thèse a notre préférence, étant entendu que
le niveau sémiotique contient bien les niveaux logique et physique
à la manière des poupées russes.
4.
Résumons-nous :
Le
sens de cette page HTML que vous êtes en train de lire réside-t'il
-
dans la suite de mots qui y sont alignés et la manière dont
ils se présentent (les intentions que j'y ai mises).
-
dans le fait qu'il s'agit d'un morceau du cours d'ACSI enseigné
à l'IUT de Caen dont le commentaire vous est fait en ce moment dans
cet amphi.
-
dans le travail (intellectuel) que vous êtes (éventuellement)
en train de faire en y réfléchissant, d'après ce que
vous saviez avant d'en prendre connaissance.
A
vous de choisir ...et vous avez aussi le choix de ne pas choisir, et encore
de choisir quelque chose qui n'a pas été dit.
5.
Conclusion provisoire : faut-il être
intelligent pour s'informer, comprendre quelque chose ?
Assurément
non. Sinon on ne voit pas comment on pourrait apprendre : passer de l'état
de bêtise à cet état envié d'intelligence. Par
contre, il faut probablement être "en intelligence" au sens où
l'on dit de quelqu'un, en temps de guerre, qu'il est en intelligence
avec l'ennemi. Il se pourrait donc que dans parmi les choix que nous
avons omis, il y ait une propriété essentielle de l'information
(et de la communication), son caractère social. Ceci nous obligera
à ajouter à notre déjà longue liste de disciplines
concernées, celle de la sociologie.
| Auteur : Bernard Morand | Communication | Date de dernière mise à jour : 1/12/1998 |